Vers l'Avenir · 2003-07 · Thiery DELGAUDINE (texte)
L'inventeur des rollers était hutois
- Roller Parade
- 2003
Article, Vers l'Avenir, 2003-07 : « L'inventeur des rollers était hutois » (Roller Parade).
Texte de l'article
HUY • Jean Merlin (1735-1803), génial inventeur
Né à Huy en 1735, Jean Merlin s'installe à Londres en 1759. Cet inventeur est reconnu comme un pionnier du développement des patins à roulettes...
LES HUTOIS ignoraient jusqu'en 1987, qu'un des leurs, avait inventé le patin à roulettes. Eh oui ! S'il faut en croire le Guiness Book, le patin à roulettes fut conçu au 18e siècle par Jean-Joseph Merlin, de Huy...
En 1988, dans le tome XLII des annales du cercle des sciences et Beaux-Arts, Pierre Bauwens consacrait un article au génial inventeur Jean Merlin.
« Un article qui est le fruit d'un heureux hasard, explique Pierre Bauwens, archiviste. En 1985, le musée Iveagh Bequest, Kenwood avait organisé une exposition à l'occasion de laquelle fut publié un luxueux catalogue : John Joseph Merlin, the ingenious mechanik. Il s'est avéré que Jean Joseph Merlin avait effectivement vu le jour à Huy, en 1735. »
Les Merlin à Huy
En effet, Jean Joseph Merlin est né et a été baptisé à Huy, en l'église Saint-Pierre le 6 septembre 1735. Son père, Maximilien, était né à Cambrai. On ignore quand il est venu s'établir à Huy. Il apparaît pour la première fois, lors de son mariage en l'église Saint-Denis, le 27 janvier 1732. Son grand-père maternel était un maître serrurier qui, à cette époque, avait acquis une grande renommée à Huy.
Vers l'âge de 19 ans (1754), la présence de Jean Joseph est attestée de manière certaine à Paris où il résidera durant six ans.
Dans la capitale française, il commence à faire son chemin dans le cercle des spécialistes en mécanique. Il est impliqué dans la fabrication d'instruments de musique et aborde une des inventions qu'il imposera à Londres, « le fauteuil... pour ceux qui ont la goutte aux jambes. »
Jean Joseph Merlin dut impressionner l'Académie des Sciences puisque c'est sur sa recommandation que le Comte de Fuentès, généreux protecteur de mécaniciens, ambassadeur d'Espagne en Angleterre, l'emmène comme membre de son personnel dans la capitale britannique.
Le patin à roulettes
Jean Joseph Merlin arrive dans la métropole anglaise, le 24 mai 1760, à l'âge de 24 ans.
Il ignore alors totalement la langue du pays, mais il l'apprendra très vite, car il la parle dès 1763. Il ne s'exprimera cependant jamais en anglais d'une manière parfaite tout en étant capable, au moins dès 1775, de converser plaisamment dans les salons de la gentry londonienne.
« En 1763 déjà, lorsque l'astronome français Lalande vient en voyage à Londres où il a des contacts amicaux avec Merlin, celui est certainement engagé dans un travail prestigieux : la finition mécanique d'un grand orgue de barbarie pour la Princesse de Galles ; cette tâche d'horlogerie a probablement été décrochée grâce à l'influence du Comte de Fuentès dont il est le protégé, explique Pierre Bauwens. Merlin travaille successivement pour les orfèvres Sutton et Cox, non pas comme un employé ordinaire mais en tant que spécialiste mécanique, retenu pour un travail spécifique.
Kirby écrit que, « peu après son arrivée en Angleterre, Jean Joseph Merlin devint le premier ou principal mécanicien du musée Cox, à Spring-Gardens, fonction qu'il quitta en 1773. »
Merlin est souvent cité, aujourd'hui, comme un pionnier du développement des patins à roulettes.
« En fait, l'idée en était probablement née en Hollande vers 1700 et la première fois dont on se souvient qu'on en a fait usage en Angleterre date de 1743, explique Pierre Bauwens. En réalité, jusqu'aux années 1820-1830, les patins à roulettes furent considérés comme des jouets et leur usage resta confiné à des productions théâtrales et ils étaient présentés occasionnellement dans des expositions. C'est sans doute comme cela que Merlin les envisageait. »
Avant 1772, Jean Joseph Merlin parut à une mascarade, chez madame Cornely (Carliste House, Soho Square), monté sur une paire de patins et jouant du violon. Mais, n'ayant pu freiner sa vitesse et orienter sa direction, il alla s'écraser sur un miroir d'une valeur de plus de 500 livres, mit son instrument de musique en morceaux et se meurtrit gravement. Cette fâcheuse aventure détourna Merlin du patinage à roulettes.
[Dessin : S'ILS M'AVAIENT ÉCOUTÉ, LES HUTOIS N'AURAIENT PLUS DE PROBLÈME DE MOBILITÉ...]
Un inventeur génial, généreux et raffiné
Mécanicien d'une habileté hors du commun, Jean Joseph Merlin a produit des instruments de musique, des horloges et des automates...
MERLIN combinait des activités d'horloger et de facteur d'instruments de musique. Lui-même se voyait, cependant, avant tout, comme un réalisateur d'instruments mathématiques. Inventeur, il menait, d'abord parallèlement à sa collaboration avec Cox, puis complètement ensuite, une carrière indépendante. Avant cette date, Merlin semble déjà avoir travaillé à un piano-clavecin, instrument de musique composite qu'il améliorera plus tard. En 1773, il perfectionne une « rôtissoire hollandaise », combinaison d'un tourne-broche mécanique avec un réflecteur, nouveauté qui augmentait la chaleur à l'intérieur de l'appareil.
« Il mettra ensuite au point son fauteuil pour goutteux ou chaise d'invalide, sûrement dérivé de celui de Grollier, qui a subsisté jusqu'à nos jours dans son principe, mentionne Pierre Bauwens. Il en va probablement de même de son trébuchet, inventé en 1781. Une élégante horloge réalisée dès 1776, tout à fait originale, permet de ranger Merlin dans la classe des meilleurs spécialistes en cette matière. »
Ainsi à partir de 1775, Jean Joseph évolue dans une société élégante, pour le plaisir mais aussi pour y dénicher une clientèle. Il s'y introduit, notamment en accordant des pianos et en participant gaiement à des mascarades. En 1783, Merlin s'établit au 11, Princes Street, Hanover Square, où il ouvrira le « Merlin's Mechanical Exhibition », appelé plus tard le « Merlin's Mechanical ». On pourra y voir une foule de curiosités dans les diverses branches de la mécanique, mélange d'objets faits pour être admirés par les curieux et d'autres destinés à être vendus. On y trouve notamment de nombreux automates (il en avait mis au point pour Cox), tous dotés de mouvement, qui incorporaient fréquemment un élément musical.
« En matière d'objets pratiques, on pouvait trouver au musée des fauteuils pour goutteux, des balances « Sanctorius », des trébuchets, des tables à thé dont le plateau, mû par un ingénieux mécanisme, tournait autour d'un axe, permettant de remplir facilement les tasses de thé, des appareils à cacheter les lettres, des horloges, une machine pour aider les aveugles à jouer au whist, un système de télégraphe de famille..., mentionne Pierre Bauwens. Il y avait en outre des instruments de musique, certains jouant automatiquement et d'autres pas, qui jetaient un pont entre les objets à voir et ceux à vendre. Le musée devint bientôt le pôle d'attraction unique des activités de Merlin. »
Un homme généreux
« Dans les années 1790, la santé de Merlin commença à faiblir. Elle ne cessa de décliner jusqu'à sa mort survenue le 4 mai 1803, précise encore Pierre Bauwens. À première vue, il fut un homme électrique, si pas frivole. »
En fait, une notice nécrologique, parue rapidement dans l'édition de mai 1803 du Gentlemans Magazine, nous éclaire sur la nature profonde de l'homme : « d'un naturel actif, il laissa à peine un moment inemployé. On se souviendra longtemps de ses bonnes qualités d'homme chez ceux qui l'ont connu. D'une générosité quelque peu impétueuse, il meféstait beaucoup d'intérêt pour ses inférieurs. »
❶ Annales du Cercle Hutois des Sciences et Beaux-Arts, Tome XLII (1988), Jean Joseph Merlin, né à Huy, inventeur génial à Londres (1735-1803), Pierre Bauwens.
Son papy aussi
Le grand-père maternel de Merlin, Gabriel Le Vasseur, était bien connu à Huy et dans la région.
En 1706, il était chargé de divers travaux de « ferrailles » pour le château de Waleffe, alors en construction. Ce travail dut être apprécié, car, en 1708, on lui commande la « grande rampe » de l'escalier d'honneur, sur un modèle de l'ornemaniste français, installé aux Pays-Bas, Daniel Marot. En 1718, Le Vasseur exécute un tabernacle pour le maître-autel de la collégiale de Huy, ainsi qu'un aigle-lutrin de bronze, que Saumery jugeait « de la dernière délicatesse. »
En 1717-18, toujours, il est appelé à Liège pour travailler à l'hôtel de ville, où il réalise de la quincaillerie intérieure. En 1724, il est à nouveau sollicité par le chapitre de Huy. Il répare la châsse de saint Mengold. Mais surtout, il réalise une clôture de chœur en fer et laiton doré.
En 1733, il réalisa ce qui pour nous reste son grand travail : le dais du Bassina, que la ville faisait alors restaurer et mettre au goût du jour.
❶ Source : Jacques Comenne, Le grand-père maternel de Jean-Joseph Merlin : Gabriel Le Vasseur, maître-serrurier à Huy au XVIIIe s.
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