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    Pan · 18 septembre 2026 · n°4262

    Le Flamingo flingué par les Flamingos !

    Bruxelles se veut une ville cosmopolite en mouvement, mais le mouvement bascule dans un pays où les aveugles sont rois. En peu de temps, on est passé du Cosmopolitan au cocktail Molotov… et derrière la lumière des terrasses se cache pourtant un champ de ruines financier.

    Par Carl de Moncharline

    Pan n°4262, 18 septembre 2026, page 14 : « Le Flamingo flingué par les Flamingos ! », par Carl de Moncharline.

    Texte de la publication

    [Carl de Moncharline] Bruxelles se veut une ville cosmopolite en mouvement, mais le mouvement bascule dans un pays où les aveugles sont rois. En peu de temps, on est passé du Cosmopolitan au cocktail Molotov… et derrière la lumière des terrasses se cache pourtant un champ de ruines financier. L’attaque est venue d’un comité de quartier… c’est un scénario classique que je connais bien. Un entrepreneur avait ranimé un quartier réputé pour ses trottoirs, prostitution et drogue en vente libre, plutôt que pour ses façades. Puis la vie a patiemment repris ses droits. Les habitants revinrent. Et, avec eux, les premières plaintes contre ce qui, pourtant, les avait ramenés. Même si chacun a ses raisons, l’exploitant qui se bat légitimement pour sa survie économique en multipliant les événements comme les riverains qui réclament légitimement la quiétude de leurs nuits, le bon sens aurait voulu que le comité de quartier alerte la Ville et que celle-ci prenne ses responsabilités. L’essence même d’une politique communale digne de ce nom est de convoquer une réunion de concertation au cabinet entre l’exploitant et les habitants pour entériner des solutions pragmatiques. Au lieu d’arbitrer, l’inaction des autorités a laissé la situation s’envenimer jusqu’au déballage médiatique. Un article à charge dans une presse en quête de clics ne résout rien : il fragilise encore davantage un commerçant au bord du gouffre sans offrir de garantie durable aux riverains. Et lorsque la Ville de Bruxelles opposa un lapidaire « pas de commentaire » dans le Standaard du 10 septembre 2026, elle n’a pas seulement fui les journalistes : elle a abandonné son rôle de médiateur face à la détresse de l’Horeca bruxellois. La fin d’un cycle remplacé par… “rien” Quand un établissement baisse le rideau, un autre prend sa place quelques semaines plus tard. Du côté des élus, on se satisfait d’un «tout va bien», faute de mieux voir. Il faut dire qu’ils ont déjà toutes les peines du monde à repérer des blocs de béton ou des tunnels plantés sur une bande de circulation depuis plus de cinq ans et qui pénalisent le commerce bien davantage que les voitures. Hier encore, comme le chantait le grand Charles, un établissement pouvait tenir trente ans et revendre, à l’heure d’une pension bien méritée, son fonds de commerce, pour profiter enfin un peu du dur labeur de ses journées de douze heures, souvent sept jours sur sept. Aujourd’hui, beaucoup ne dépassent plus les trois ans et ne laissent plus que des dettes, pour eux comme pour leurs fournisseurs. Personne ne désire cette vie. C’est le cas, par exemple, de l’Entrée des Artistes, qui enchaîne les changements de propriétaires depuis quelques années, et peu d’entre nous le perçoivent : les lumières sont toujours allumées, comme celles des terrasses, mais eux, ont été terrassés. Une réalité qui semble bien invisible pour ceux qui préfèrent assurer leur avenir plutôt que celui de leurs concitoyens qui les ont élus, par des effets de manche instagrammables en prévision des prochains scrutins, en lieu et place de se les retrousser. Ce n’est pourtant pas faute d’être alerté sans cesse par la profession, comme ce coup de gueule du président de la Fédération Horeca Bruxelles, Matthieu Léonard, qui avait évoqué la possibilité de ne plus accueillir les responsables politiques dans ses établissements, voire de débrancher les « boîtes noires », comme le relatait « La Dernière Heure » dans son édition du 27 août 2026, ou encore les tonitruants coups de gueule de Toto Bongiorno pour signaler la détresse des restaurateurs dans #CentPourCentBelge sur LN24, dont les clics ne font plus le bonheur que de Facebook, qui revend le temps qu’on ne passe plus au resto. Ils ne sont pas seulement aveugles, ils sont aussi sourds. La Sœur du Patron, Mirabelle, Manufacture, Cook & Book, Balmoral, Petits Bouchons, Toucan sur Mer… Autant de lieux qui disparaissent : un vrai château de cartes à effet domino, doublé d’un effet Domino’s Pizza. Il faut dire, pour ceux qui n’entendent toujours pas, que l’explosion des coûts fixes n’arrange rien : indexation automatique des salaires, hausse des coûts énergétiques, inflation des matières premières… La marge brute a fondu jusqu’à zéro. Dans le même temps, le télétravail et la baisse du pouvoir d’achat réduisent la fréquence des sorties. À cela s’ajoute la généralisation de la boîte noire, combinée aux contrôles accrus de l’ONSS et du fisc : les dernières marges de manœuvre ont disparu. Ironie du sort : en serrant la vis fiscale, l’État et la Région précipitent eux-mêmes la faillite de ces établissements pour se retrouver avec des millions d’euros de créances irrécouvrables. Les chiffres ne laissent aucun doute. Entre la mi-2025 et la mi-2026, 2 137 établissements Horeca ont fait faillite, emportant 5 631 emplois salariés. Ces faillites frappent d’abord les jeunes enseignes de moins de quatre ans au profit du fast-food. Et comme si cela ne suffisait pas, l’actualité anxiogène sur les réseaux et la suppression imminente de la cigarette en terrasse vont encore faire perdre des clients. Sur le terrain, la réalité économique racontée sous couvert d’anonymat par un patron à la tête de plusieurs établissements est sans appel : «Même une sole à 59 euros ne dégage plus la moindre marge. L’équation économique de l’Horeca bruxellois est brisée.» Malheureusement, tant que les intermédiaires en transaction continueront d’habiller chaque faillite en «opportunité extraordinaire» et chaque cadavre financier en «reprise prometteuse», il y a bien peu de chance pour que la prise de conscience n’émerge chez nos gouvernants. 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    Oli, Doudou
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    Crédits

    Texte : [Carl de Moncharline], pour Pan (n°4262, 18 septembre 2026, page 14). Scan du journal transmis par Carl de Moncharline.

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