carldemoncharline.life · 15 septembre 2026 · L'entretien
Mythique Nuit des Clans : le récit de l'homme qui a tout imaginé
Mythique Nuit des Clans : le récit de l'homme qui a tout imaginé
Concepteur et tête pensante des éditions de La Nuit des Clans pour Clan Campbell, Pierre Portevin raconte la naissance de l'événement, l'arrivée des clans internationaux, le Clan des Technofondus belges emmené par Étienne Russo, la création du carton d'invitation et la décision d'arrêter au moment le plus fort.
CDMTout le monde s'est un peu approprié cette histoire, on trouve toutes sortes de versions. J'ai voulu avoir les vraies infos de ta bouche. C'est bien toi qui as pensé et monté les trois éditions ?
J'ai porté l'idée originale et coordonné les trois éditions de bout en bout. L'idée a germé au contact de Frédéric Beigbeder et de l'équipe de planning stratégique de Ricard, et c'est bien moi qui en ai été le déclencheur. On me surnommait le Boutros-Boutros-Ghali des Clans : j'avais en charge de discuter avec chaque clan, de présenter le projet à la majorité d'entre eux et de veiller à ce que tout le monde s'entende, ce qui n'était pas toujours simple.
CDMC'était quoi, le parcours de Patrice Etienne ?
Patrice avait monté une boîte qui s'appelait Sonologie. Il faisait des soirées hyper créatives, branchouilles avant la lettre, c'était assez fun. Je le connaissais bien : il venait dans mon bar, L'Oie Unique, à l'époque où j'avais ce bistrot, on se voyait régulièrement et on sortait beaucoup ensemble, le soir, la nuit.
CDMAvant cela, tu étais DJ à l'Arlequin ?
J'ai travaillé au Circus, à l'Arlequin, et j'ai fait deux étés au Mirano en binôme. C'était quand Jean-Claude était absent. À l'époque de La Nuit des Clans, j'étais déjà conseiller en marketing et en stratégie : je pouvais associer des capacités en stratégie et une véritable connexion dans la nuit. Je parlais à peu près à tout le monde, et j'avais une idée bien claire de ce qui contribue au succès ou à l'échec d'une activité nocturne.
CDMEt les textes du dépliant ?
Les textes, j'en avais fait une partie avec Ariel Wizman.
CDMC'est dommage que ça n'ait jamais recommencé.
Je pense justement que c'est une réussite de l'avoir arrêtée. On a vraiment pensé le truc avec un client exceptionnel, le vice-président marketing de Pernod Ricard, Jean-Paul Ricard, brillant, et un chef de groupe marketing, Stéphane Roche, exceptionnel lui aussi. On avait une équipe de dingue pour faire tout ça. On s'est demandé qui voulait qu'on continue, et on s'est dit que c'était peut-être mieux d'arrêter. S'arrêter, c'est la faire rentrer dans le mythe.
CDMTu es français, mais l'histoire est belge ?
Je suis français de nationalité, mais j'ai vécu la grande majorité de ma vie en Belgique. Après plusieurs années en Argentine et en Espagne, je suis revenu en France pour diriger une filiale de Young & Rubicam dans le Sud, à Nice. C'est là que j'ai commencé à travailler pour Ricard : ils m'ont parlé de leur positionnement dans la nuit, et l'idée a germé. Entre-temps, je suis rentré en Belgique, où je bossais. Et voilà, moi je concevais, j'étais la tête pensante de l'ensemble. J'ai embarqué Patrice Etienne dans l'aventure parce qu'il était à Paris à l'époque.
CDMLes Belges n'y sont venus qu'une fois, non ?
Les Belges n'y sont venus qu'une fois, non ? J'y étais avec Étienne Russo. L'invitation porte un intitulé qui joue avec la suite des éditions. Il fallait chaque année trouver quelque chose de nouveau et aller un peu plus loin. J'ai proposé de la faire internationale : on a fait venir des clans d'Espagne, d'Italie, de Belgique, d'Écosse. J'avais pris contact avec Étienne Russo pour la Belgique. Les Technofondus.
CDMQui a fait le visuel de l'invitation, qui est très joli ?
J'ai travaillé avec Patrick Avella : l'invitation a été faite entre Patrick Avella et Yves Rotach. On a même fait redessiner le logo de Clan Campbell en quatrième de couverture, pour que ce ne soit pas une photo mais bien une illustration. Un truc sophistiqué. Le papier était top aussi, un papier cher, tout était fait à la main. Que les crédits ne soient pas notés, c'est un peu la faiblesse du truc, mais c'est comme ça que ça marchait : les gens qu'il fallait mettre en avant, c'étaient les chefs de clans, pas les graphistes.
CDMPourquoi avez-vous choisi d'arrêter l'aventure ?
La dernière a été vraiment compliquée, avec des problèmes liés à la sécurité. On était dans un hangar trouvé par Patrice : une usine de locomotives du dix-neuvième siècle, désaffectée et transformée en entrepôt. Les normes de sécurité n'étaient pas complètement respectées. Dans l'équipe, une personne s'était fait fort de dire qu'on s'entendait bien avec les pompiers de toutes les communes et qu'ils allaient nous aider, mais après la catastrophe de Furiani, en 1992, tout le monde était très prudent. Les pompiers ont refusé l'autorisation, et on a failli devoir annuler la soirée.
CDMIl te reste des archives de cette époque ?
J'ai encore des trucs, mais ce n'est plus trop mon kiff. À l'époque, j'ai négocié avec des médias, j'ai rencontré Jean-François Bizot, qui était le patron d'Actuel : on avait fait un seize pages, je crois, dans le magazine. Tout ça doit être dans des caisses, il faudrait que je cherche. J'avais quand même donné des interviews, juste pour me réapproprier la paternité, parce que tout le monde a soi-disant fait La Nuit des Clans.
Entretien téléphonique réalisé par Carl De Moncharline avec Pierre Portevin, le 15 septembre 2026, tous deux à Bruxelles. Retranscription condensée et mise en forme avec l'aide de Plaud IA, relue pour rester fidèle aux propos tenus. Photographies : collection privée, crédits photographiques : DR.
Crédits
Entretien réalisé par Carl De Moncharline, à Bruxelles, le 15 septembre 2026. Photographies : collection privée. Crédit photo : DR. Invitation de 1994 : textes d'Ariel Wizman, graphisme de Patrick Avella, illustrations d'Yves Rotach.
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