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    La Libre Belgique · 1 juin 2004 · PASCAL SAC (texte) · HERWIG VERGULT (photo)

    Trop de capitaines pour tenir le cap

    Article, La Libre Belgique, 1 juin 2004 : « Trop de capitaines pour tenir le cap » (Roller Parade).

    Texte de l'article

    ■ Le MR a fait virevolter la présidence de l'exécutif régional entre MM. de Donnea, Ducarme et Simonet (ici en 2000). ► Région bruxelloise, bilan d'une législature (IV/V): le contexte politique. ► Les ministres-Présidents MR ont valsé à un rythme et dans des conditions surréalistes. ► Le duel PS-MR permanent a terni l'image de la Région et obéré le bilan de la majorité. ANALYSE PASCAL SAC Même ceux qui sont les plus attachés aux institutions bruxelloises sont bien obligés de l'admettre: la Région-Capitale a perdu une législature. De 1999 à 2004, le gouvernement régional n'est pas parvenu à profiter pleinement d'une conjonction de facteurs positifs: brève reprise économique au début du siècle; légère ouverture institutionnelle en tout début de mandat; embellie passagère du marché immobilier résidentiel(*); regain général de l'animation urbaine (Bruxelles 2000, Zinneke Parade, Roller Parade, Bruxelles-Plage...); remobilisation de diverses communes. Un contexte favorable Depuis sa création, en 1989, la Région bruxelloise n'avait jamais connu contexte si favorable. Mais la majorité (MR, PS, SP.A-Groen!, CD&V, VLD) n'a pas été capable de tirer parti de ces éléments pour doper le renouveau urbain initié sous la première législature, de 1989 à 1995. Elle s'est même montrée incapable de récupérer ce renouveau à son compte et, a fortiori, de le valoriser pour redorer le blason de la Région. Résultat: la législature s'achève avec un chômage record, un nouvel envol des prix du logement et une réputation de Région mal gérée, voire ingérable. Un piètre bulletin, alors que le gouvernement a beaucoup travaillé - parfois très bien - dans de nombreux secteurs: protection du patrimoine, environnement, urbanisme, logement, fiscalité, emploi, recherche, rénovation des espaces publics, commerce extérieur, transports publics, revitalisation de zones fragilisées, économie, etc. Mais le bilan potentiel qu'il aurait pu revendiquer a été terni par deux éléments: la valse surréaliste de ministres-Présidents MR et les querelles entre PS et MR. Des aléas lamentables Le MR est en bonne partie responsable de l'échec car, en 1999, il avait obtenu le leadership à la fois au Conseil régional (27 élus sur les 75), dans la majorité (27 MR, 13 PS, 2 SP-Aga, 2 VLD-VU-O, 3 CD&V) et au sein du gouvernement (3 MR, 2 PS, 1 CD&V, 1 VLD, 1 SP), dont il détenait la présidence. Mais il a fait un piètre usage de cette fonction, supposée assurer la cohérence des politiques régionales. Il y a, en effet, imposé des remaniements répétés et improvisés. Dès le départ, Jacques Simonet, premier titulaire, est entré en fonction avec un handicap: désigné à la dernière minute, il a dû assumer un accord de majorité dans l'élaboration duquel il n'avait joué aucun rôle puisqu'il avait été négocié par Armand De Decker, finalement devenu président du Sénat. Installé le 15 juillet 1999, M. Simonet a été débarqué le 17 octobre 2000, au lendemain des élections communales, et prié d'aller occuper le fauteuil de bourgmestre qu'il venait de décrocher à Anderlecht. Ceci pour que le MR recase François-Xavier de Donnea, qui venait, lui, d'être éjecté du maïorat de Bruxelles-Ville. M. de Donnea a présidé l'exécutif régional jusqu'au 4 juin 2003. Après les élections législatives, il a été évincé par le président du MR, Daniel Ducarme. Le ministre-Président autoproclamé a, lui, été forcé de démissionner le 12 février 2004, après que la presse eut révélé ses dérives fiscales. M. Simonet a alors été rappelé et forcé d'abandonner le poste de secrétaire d'Etat fédéral obtenu le 15 juillet 2003... Faute de temps, d'implication ou de crédibilité, les trois ministres-Présidents MR ont été incapables de s'imposer comme "patrons" de l'exécutif bruxellois. Un climat déplorable En agissant ainsi, le MR a offert au PS le bâton pour le battre. Et celui-ci n'a raté aucune occasion de s'en servir pendant une législature placée sous le signe de l'affrontement permanent, avec le président du PS bruxellois, Philippe Moureaux, dans le rôle du Père Fouettard. Il faut dire que l'union des socialistes et des libéraux n'était pas née sous les meilleurs auspices: ils s'étaient déjà heurtés de front de 1995 à 1999; le PS se crispait car il avait perdu Charles Picqué, son meneur emblématique; les chefs de file MR et PS de l'exécutif, Jacques Simonet et Eric Tomas, s'affrontaient pour le maïorat d'Anderlechtois... Le renversement de certaines coalitions communales en 2000 avait encore détérioré le climat. Et sur le fond, même si socialistes et libéraux s'en sont défendus, le conflit idéologique gauche-droite a marqué de son empreinte, parfois caricaturale, les cinq années écoulées dans bien des domaines: réforme fiscale, politique du logement, aide aux entreprises, emploi, solidarité entre communes, revitalisation des quartiers fragilisés, gestion de l'eau, etc. Privé de vrai capitaine, le gouvernement régional a joué "personnel": chaque ministre, ou en tout cas chaque fraction politique de l'exécutif, a surtout tenté de faire aboutir "ses" projets, sans trop se préoccuper de la vision d'ensemble. Voire sans s'en soucier du tout. Ce qui a donné lieu à de pathétiques marchandages, chacun bloquant les dossiers de l'"adversaire" pour faire passer les siens. Du coup, l'opposition s'est fort souvent retrouvée au balcon des débats déchirant la majorité, malgré les efforts permanents du CDH et d'Ecolo pour mener une opposition constructive. Et malgré leurs fréquents appels à plus de responsabilité au sein de la majorité, dont le comportement nuisait, selon eux, au crédit et aux intérêts de la Région. Au final, signe que le divorce était consommé, les ministres PS et MR ont même présenté des bilans séparés, la semaine dernière. ■ (*) Ces différents aspects seront approfondis tout au long de cette semaine. Les tops ► LE CLIMAT COMMUNAUTAIRE EST RESTÉ ASSEZ SEREIN dans la majorité bruxelloise, malgré les occasions d'incidents graves. ► LE CLIVAGE IDÉOLOGIQUE GAUCHE-DROITE A ÉTÉ CLAIR sur plusieurs dossiers concrets, et donc édifiant pour tous ceux qui ne le comprennent pas ou l'estiment dépassé. ► LA DYNAMIQUE INITIÉE SOUS LA PREMIÈRE LÉGISLATURE A CONTINUÉ SUR SA LANCÉE, malgré l'absence de relance cohérente pour l'entretenir. ■ Les flops ► LA VALSE SURRÉALISTE DES MINISTRES-PRÉSIDENTS MR A DÉVALORISÉ L'IMAGE de la Région bruxelloise dans le paysage institutionnel belge. ► L'AFFRONTEMENT QUASI PERMANENT ENTRE PS ET MR a empêché le gouvernement régional d'aboutir à des compromis créatifs, qui, pourtant, semblaient parfois à portée de main. ► LA BRÈVE REPRISE ÉCONOMIQUE N'A PAS DU TOUT ÉTÉ MISE À PROFIT pour remettre davantage de Bruxellois au travail. ■

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