Pan · 2 octobre 2026 · n°4264
Le flamant est-il vraiment rose ?
On vit avec cette image depuis notre prime jeunesse. Pourtant, le flamant/d ne naît pas rose… il le devient. Cette couleur chatoyante, il la devrait à son environnement et à ce qu’il trouve dans son assiette.
Par Carl de Moncharline
Texte de la publication
[Carl de Moncharline]
On vit avec cette image depuis notre prime jeunesse. Pourtant, le flamant/d ne naît pas rose… il le devient. Cette couleur chatoyante, il la devrait à son environnement et à ce qu’il trouve dans son assiette. En un mot, le flamant ne voit la vie en rose que parce qu’il évoluerait dans de bonnes conditions. Alors allons enquêter dans les assiettes de l’Horeca de l’autre côté de la frontière linguistique, dans les environs « Ongeveer » du Zoo d’Anvers, histoire d’en avoir le cœur net.
Bruxelles met pourtant les petits plats dans les grands
Si l’Horeca bruxellois est en difficulté selon tous les baromètres, ce n’est pourtant pas faute de fréquentation, « enfin pour le moment », car depuis que la nouvelle majorité bruxelloise a demandé à visit.brussels de se recentrer sur ses « missions essentielles », et qu’on sait, depuis la Covid, à quel point nos professions ne sont pas considérées comme essentielles, la question peut se poser.
Pourtant, avec près de 9,8 millions de nuitées en 2024, record historique, et 9,63 millions en 2025, ainsi qu’environ 35 000 passages quotidiens sur le Piétonnier, 34 700 Porte de Namur et 28 600 à la Grand-Place, selon le Baromètre du retail 2025 de hub.brussels, on ne peut pas dire que Bruxelles manque de touristes, navetteurs ou visiteurs. Nous verrons si la nouvelle majorité pourra battre le record et dépasser les 10 millions de nuitées.
Mais alors, si la clientèle potentielle existe, pourquoi a-t-on cet insupportable sentiment que Bruxelles est malade et que l’Horeca se développe mieux chez nos voisins flamands ?
En Flandre, le politique se met à table avec l’Horeca
Bruxelles connaîtrait-elle moins bien son Horeca ? Non. La Région bruxelloise dispose elle aussi de son Observatoire du commerce qui accumule les données depuis des décennies… La différence se situe peut-être dans ce qu’on en fait… ou pas.
Quittons donc la Gastro pour la Gastronomie en direction du Zoo d’Anvers. Histoire de voir si la cressonnette y est réellement plus verte qu’ailleurs. Arrivés à Antwerpen-Centraal, l’une des nombreuses gares belges superbement rénovées pendant que Bruxelles attend toujours le train, nous mettons déjà les pieds dans le plat d’un des 16 pôles Horeca identifiés et analysés par la Ville dans sa « Meting Antwerpse horecakernen 2025 ».
La différence avec Bruxelles réside peut-être dans le fait qu’Anvers considère son Horeca comme un secteur économique à part entière. Elle le mesure pour mieux le comprendre et se dote d’une véritable stratégie d’accompagnement.
Depuis 2023, elle dispose d’un Plan Horeca, le « Horecabeleidsplan », avec comme baseline « De stad als supporter voor Antwerpse horeca », « La Ville comme supporter de l’Horeca anversois ». Derrière le slogan, 3 axes : simplifier les règles, aider les établissements à s’implanter et se développer, renforcer la collaboration entre la Ville et les professionnels. Mais aussi 20 actions concrètes : soutenir ceux qui veulent investir, promouvoir Anvers comme destination Horeca ou encore développer les terrasses hivernales.
Une politique qui ne consiste donc plus seulement à réglementer le secteur, mais aussi et surtout à l’accompagner. Parmi ces vingt actions, l’une retient particulièrement mon attention : soutenir et promouvoir l’Horeca de nuit. Une ambition qui résonne étrangement pour moi, tant me semblent bien loin les grandes heures du Cap de Nuit, du Si Bémol, du Campus ou du Cabestan…
Allez, il est déjà temps de reprendre le train, direction Gand, où l’Horeca est considéré comme un acteur de l’aménagement et de l’attractivité de la ville. Elle dispose elle aussi de son plan stratégique, la « Vision Detailhandel en horeca », et accompagne les quelque 170 entrepreneurs qui, selon Sofie Bracke, échevine de l’Économie et du Commerce, y créent chaque année une activité liée à la restauration.
Une page dédiée guide le futur exploitant, de la vérification de l’affectation Horeca à la demande de son certificat Horeca et aux différentes autorisations, le tout regroupé au même endroit. La Ville propose même son « Drukte Radar », qui renseigne la fréquentation, la provenance et les dépenses des visiteurs par quartier, histoire de mieux choisir où s’installer.
Dès lors, quel triste constat d’apprendre ce qui est en train de se produire à Ixelles où, sur l’emblématique place du Châtelain, la cellule Horeca vient de sanctionner deux à trois établissements qui n’étaient pas en ordre d’affectation, selon un commerçant de la place qui m’a rapporté l’anecdote ce 25 septembre. Avec toutes les conséquences désastreuses pour lui comme pour ses fournisseurs. On marche sur la tête, mais surtout à l’envers, et on se demande comment cela est encore possible en 2026 !
Brièvement, le voyage continue vers Hasselt où les autorisations de terrasse sont reconduites tacitement plutôt que d’imposer une nouvelle demande chaque année et peuvent, en principe, rester toute l’année. Puis Courtrai, où la Ville met gratuitement à disposition de l’Horeca les espaces du domaine public qu’elle autorise pour les terrasses, la taxe ayant été supprimée en 2020.
Le flamant/d n’est donc pas naturellement rose… on lui simplifie juste la vie !
[Encadré]
Bruxelles, la marmite prête à déborder ?
Anvers planifie, Gand accompagne, Hasselt simplifie, Courtrai facilite. Et Bruxelles dans tout ça ?
Le constat est plutôt indigeste. De janvier à août 2026, 235 établissements Horeca ont fait faillite à Bruxelles, soit +4,4 % en un an et plus de 18 % des faillites bruxelloises, selon les données de Statbel mises à jour le 24 septembre. Début septembre, la Fédération Horeca Brussels posait elle-même la question : « L’Horeca bruxellois est-il malade, ou simplement en pleine mue ? »
Derrière ces chiffres se cache aussi un ras-le-bol grandissant : celui d’entrepreneurs qui n’ont pas le sentiment d’être accompagnés et soutenus, alors même qu’ils contribuent largement à l’économie de la ville et du pays, sans compter leurs heures.
Non, la cressonnette n’est pas plus verte en Flandre et la vie n’y est pas forcément plus rose. Les exploitants y subissent aussi l’indexation des coûts, les réglementations, les difficultés de recrutement et les faillites. La Flandre n’échappe pas à la morosité ambiante.
Mais mon enquête montre à tout le moins que certaines villes flamandes ont fait de l’Horeca une stratégie de croissance explicite et cherchent à accompagner au mieux les acteurs du secteur. Les Flamands évoluent peut-être simplement dans un environnement qui leur permet davantage de (re)prendre des couleurs.
On attend désormais que Bruxelles déploie sa stratégie pour permettre à son Horeca de reprendre véritablement son envol, avant que le changement climatique ne provoque une migration forcée…
Le journal
Pan est un hebdomadaire satirique belge francophone fondé en 1945, dans l'esprit du Canard enchaîné et de Franc-Tireur : la satire y sert une ligne éditoriale sérieuse, documentée et indépendante. Les avis exprimés n'engagent que leurs auteurs.
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- Lost, Bruno Colmant, Thierry Godefridi, Samuel Furfari, Carl de Moncharline, Le Bruxologue, Drieu Godefridi, Paulo Pataqués, Alexandre Tsicopoulos, Lady X, Christian Hubert, Fort NICO, Sébastien Boussois, Charles-Valéry Dasnoy
- Illustrateurs
- Oli, Doudou
Crédits
Texte : [Carl de Moncharline], pour Pan (n°4264, 2 octobre 2026, page 13). Scan du journal transmis par Carl de Moncharline.
Sources et liens