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    Spécial · 10 septembre 1975

    Le Japon pour un nu - le truc troc au Château Malou

    Spécial, 11e année, n° 545, 10 septembre 1975, p. 41, rubrique « Ventes ».

    Reportage du magazine Spécial sur la toute première opération truc troc, organisée par la Galerie de Prêts d'œuvres d'art au Château Malou à Woluwe : environ 200 artistes exposent des œuvres échangeables contre n'importe quel objet ou service. L'article cite parmi les participants Rik Poot, Roger Somville, Marianne Dock, Gheyssens, Bailleux, Peter Celie, Marchoul, Vic Gentils et Strebelle, et détaille les propositions reçues (voyage au Japon, séjour en Corse, voiture Skoda, violon de Lola Bobesco, vélo d'Eddy Merckx, 20 kilos de colle pour Claude Rahir).

    Texte de l'article

    Ventes Le Japon pour un nu Revenir au troc, c'est jeter les bases d'un bouleversement de la société. L'artiste donne l'exemple. On exige de l'imagination d'un artiste, aucune de l'acheteur. Un chèque, dont le montant peut varier de 5.000 F à un million, supprime toute velléité de contact humain, de dialogue. Pour le spéculateur, l'authenticité d'une signature cotée suffit ; la qualité du tableau est dans le placement qu'il incarne. A ce compte-là, un coffre-fort serait plus rationnel que la cimaise d'un salon. Le riche américain qui échangea, il y a quinze ans, contre un lingot d'or, une « idée » de tableau à Yves Klein, l'artiste d'avant-garde qui badigeonnait de bleu des modèles nus pour ensuite les rouler sur de la toile, incarne l'extrême pointe d'une spéculation pour laquelle tout produit artistique est une valeur boursière. Pour réagir contre cette aberration, la Galerie de Prêts d'œuvres d'art - 900 pièces de stock, 300 noms connus - a organisé au Château Malou à Woluwé l'opération truc troc. Environ 200 artistes, exprimant toutes les facettes de la recherche, utilisant les techniques et les matériaux les plus inattendus, et parmi lesquels on citera Rik Poot, Somville, Dock, Gheyssens, Bailleux, Peter Celie, Marchoul, Vic Gentils, Strebelle, ainsi de suite, exposent des travaux que l'on peut échanger. Oui, échanger contre n'importe quoi susceptible de plaire à l'artiste. Ce retour au troc, la plus vieille et la plus naturelle de toutes les formes du commerce, a modifié, dès le soir du vernissage, le comportement des amateurs. Au lieu de siffler des verres, d'épiloguer sur le Cap Martin en mai ou la bonne espagnole, le public, très attentivement, a examiné chaque tableau, chaque objet, chaque sculpture. Et de se poser la question : « Que vais-je pouvoir proposer à l'artiste qui le satisfasse, l'incite à me privilégier ? ». Car il s'agissait, pour la première fois, d'être agréé par le créateur. La suppression de l'argent mettait l'amateur dans la situation de l'élève qui va affronter un examinateur. L'ultime alternative Au début, on avait craint qu'on récure les fonds de greniers. Certes, il y eut des naïfs pour proposer des « résidus », mais... Très rapidement, le public comprit que l'hameçon ne pouvait être un laissé-pour-compte. C'est ainsi que, au bout de trois semaines, tous les artistes, sans exception, avaient reçu des propositions de troc. Et qui ne manquaient pas d'originalité, voire de drôlerie, et même d'une certaine provocation ingénieuse. Que proposa-t-on, entre autres ? Un voyage pour deux au Japon, un séjour en Corse, une voiture Skoda, un aspirateur dernier cri, un abonnement à 40 séances de kinésithérapie, l'ouverture d'un compte dans une épicerie pour une durée de 6 mois, des bijoux, une télécouleurs, etc. Lola Bobesco, l'une de nos plus sensibles interprètes musicales, proposa un violon. Eddy Merckx, un vélo auquel s'attache forcément un hâlo de gloire. Un amateur épris d'air pur, un séjour illimité à la campagne. Quant au peintre-sculpteur Claude Rahir, qui utilise une colle aussi rare qu'onéreuse pour intégrer des pierres dans ses travaux, on lui proposa 20 kilos de cet ingrédient de base. Ah ! si le troc se propageait dans chaque secteur, comme l'imagination reviendrait au pouvoir dans les classes sociales ! Quant aux employés du fisc, ils auraient à affronter la plus roide des alternatives : le suicide en masse ou le chômage qui, selon d'aucuns, serait aussi une profession. [Légende] Château Malou à Woluwé. Jusqu'à la mi-septembre. [Légende photo] LE TRUC TROC A WOLUWE. Une certaine provocation ingénieuse.

    Spécial, n° 545, 10 septembre 1975, p. 41

    Note de contexte

    Note de contexte - Cette parution documente la première édition du Truc-Troc (1975), imaginée par les artistes Mon De Rijck et Charline Mahy au Château Malou, trente ans avant sa relance au Bozar à l'initiative de Carl De Moncharline. Aucune signature de journaliste n'apparaît sur la page.

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