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    Pourquoi Pas ? · 6 septembre 1979 · P. C. (texte)

    Un homme aux semelles de vent

    • 1979
    Pourquoi Pas ?, 6 septembre 1979, p. 42, rubrique Télévision : « Un homme aux semelles de vent », portrait de Jean Mahy signé P. C. Coupure conservée dans les archives familiales.

    Portrait de Jean Mahy, dit « Monsieur Randonnée », au lancement sur la RTBF de la série « Sous les pavés... la plage » : neuf émissions mensuelles de promenades à travers la Belgique, à partir d'octobre 1979. L'article rappelle sa formation d'archéologue et d'historien d'art, son passage dans « Point de mire » (Gérard Valet, 1975) et sa méthode de repérage minutieuse.

    Texte de l'article

    Emissions promenades dès octobre à la R.T.B.F.-télévision. Le guide du téléspectateur s'appellera Jean Mahy. Il a deux chapeaux, un pour l'exportation (en outillage), un pour la ballade. CURIEUX bonhomme, il n'y a pas d'autres mots. Cet adolescent dans la soixantaine a des semelles de vent. Il y a bien longtemps que, par monts et par vaux, il arpente nos 30.000 kilomètres carrés nationaux à la découverte de tout ce que les autres, qui sont passés par là, n'ont pas vu. La R.T.B.F.-télévision lui a demandé de devenir, pour une dizaine d'émissions de la série « Sous les pavés... la plage », une sorte de M. Randonnée (comme il y a déjà un M. Météo, un M. Jardinier, M. Bon Logis, etc.) qui emmènera le téléspectateur en promenade, partout dans le pays, pour lui faire voir monuments et sites. Ce n'est pas la première apparition de Jean Mahy sur les ondes nationales. En 1975 déjà, dans l'émission « Point de mire » de Gérard Valet, il avait raconté ses promenades au pays des collines et au Payottenland. Il paraît qu'on lui en a été reconnaissant, l'auditeur surtout, qui tendrait à prouver que le public n'est pas sensible qu'à nos difficultés pétrolières, aux ennuis de Jimmy Carter, aux froncements de sourcils de Khomeiny. « Allons bon, pense-t-on, encore un lécheur de vieilles pierres. » Or, pas du tout. Jean Mahy s'intéresse autant, sinon plus, à l'aspect géographique des choses qu'à leur intérêt archéologique. Il est fier d'être le neveu de cet abbé Mahy qui rédigea, en compagnie d'un certain Dr Kraentzel, que sa propre servante appelait naturellement « grain de sel », une « Géographie de la Belgique et du Congo » qui fit suer des générations d'écoliers dans les collèges. Il y a du Schliemann, du Burckhardt chez cet homme, mais aussi du Jules Verne et un peu de Tintin. Le matin, il se lève tôt, vers 6 heures, et consacre avant toutes choses deux heures à ses chers itinéraires. Voilà plus de vingt ans que cela dure. « Quand j'ai commencé, explique-t-il, j'avais l'envie, pas la technique. Mais cela s'acquiert. » De formation, Jean Mahy est archéologue et historien d'art. Par goût, c'est un bohème et même un bohémien dont l'un des paradoxes est qu'il déteste les déménagements. Pour vivre, il ne tresse pas l'osier, mais vend de l'outillage aux pays en voie de développement. Tout ce que cette occupation lui laisse en temps libre, il le consacre à la randonnée, à la découverte. C'est le Colomb des neuf provinces. Là où les choses se compliquent, c'est que ce romanichel est aussi un méticuleux. Il classe, il range, il établit des cartes et les annote, il utilise des Bic de couleurs différentes, complète des dossiers, étoffe sa documentation. Bref, un maniaque. Noir, rouge, vert La sienne tient en cinq ou six points auxquels il ne déroge jamais. Un : repérage sur carte de l'itinéraire. Deux : consultation de la littérature sur le sujet, principalement ouvrages encyclopédiques et généraux. Trois : repérage des monuments et sites sur le parcours. Quatre : repérage sur le terrain, Mahy-Tintin-Verne note tout sur enregistreur. Cinq : mise au clair des notes avec utilisation de couleurs différentes, noir pour les indications d'itinéraires, rouge pour les éléments historiques et archéologiques, vert pour les observations géographiques. Rien n'est laissé au hasard. Ajoutons que le futur M. Randonnée n'hésite pas à se lancer en tout-terrain pour lequel il dispose d'un véhicule dont il affirme lui-même que c'est un poème. En réalité, il s'agit d'une voiture de marque française, de petite cylindrée, mais dont il a fait remonter la suspension de cinq ou six centimètres de manière à passer partout. En cet équipage, il a fait de bien curieuses découvertes. Un exemple entre dix. Il s'est aperçu que la Hesbaye, dont tous les bons auteurs assurent qu'il n'y a rien, strictement rien à y voir, est d'une grande richesse pour l'amateur d'espace et d'histoire. Saviez-vous que plusieurs des grandes fermes hesbignonnes ont été bâties à l'emplacement d'anciennes villas romaines ? Avec l'équipe de la R.T.B.F., quatre émissions ont déjà été mises en boîtes. Il y en aura neuf au total qui passeront sur les antennes une fois par mois. Bien entendu, pas de discrimination linguistico-communautaire. L'homme aux semelles de brise ira en Flandre aussi bien qu'en Wallonie et autour de Bruxelles. Il marche, il marche, le bonhomme, et quand il s'arrêtera, c'est qu'il sera mort. P. C. (Légende photo : Avis aux randonneurs : Jean Mahy emmènera les téléspectateurs en balade dès octobre prochain.)

    Pourquoi Pas ?, 6 septembre 1979, p. 42

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