Entretien publié quelques semaines après l'ouverture du Who's Who's Land : Carl De Moncharline revient sur son parcours, de la publicité au Mirano Continental (d'abord RP, puis directeur artistique), sur les soirées « Who's Who's Follies » menées au Mirano puis au Fuse et à Paris, et sur les deux années nécessaires pour transformer un théâtre du début du siècle, à l'abandon depuis vingt-cinq ans, en club. Il détaille la programmation de la semaine (Casino Ultravegas le jeudi, résidents Eric B. et Marko de La Rocca le vendredi, Jos et Olivier Gosseries et les soirées Groove America le samedi, Sundays/Sun-Gays le dimanche), les projets du premier étage (troisième dance floor, concerts, défilés, restaurant, studio d'enregistrement, magasin de disques, label Decode) et sa politique d'entrée.
Texte de l'article
carl de moncharline
Interview de l'homme qui réveille les soirées bruxelloises
By Dr Feelgood
OUT SOON : Après avoir été à l'origine des soirées "Who's Who's Follies" qui enflammèrent les nuits de Bruxelles et Paris, et après avoir travaillé comme PR et concepteur de soirées au Mirano Continental, tu as finalement effectué le grand saut : monter ta propre boîte, le Who's Who's Land. Quand et comment les choses se sont-elles enclenchées pour toi ?
Carl de Moncharline : Plonger dans le monde de la nuit s'est fait pour moi d'une manière très progressive. Après avoir travaillé dans la publicité, je suis entré au Mirano Continental d'abord comme RP puis très vite comme AO. Tout en produisant les soirées du Mirano, j'ai commencé à organiser les miennes, les "Who's Who's Follies" au Mirano et à Paris. Ce concept "Who's Who's Follies" a migré du Mirano au Fuse où il s'est développé dans une ambiance nettement meilleure. Je ne comptais pas rester à Bruxelles mais partir sur Paris où j'ai de nombreux contacts. Le Who's Who's Land résulte d'un flash énorme que j'ai eu en visitant le bâtiment, un ancien théâtre du début du siècle. A l'abandon depuis 25 ans, je lui ai trouvé un cachet exceptionnel et j'ai pris la chose comme un énorme pari. Ce concept du W.W.L. s'est mis en place dès mon départ du Mirano mais j'aurai mis deux ans à le monter. Le parcours fut semé de gags et de moments épiques comme les voyages à Marrakech et Tanger de mes associés, le bâtiment appartenant alors à des Marocains".
OUT SOON : Il faut avouer que le projet est grandiose. Tant sur le plan de l'espace qui est résolument 70's que par son aspect futuriste. L'ensemble me fait penser à un sous-marin fantastique qui pourrait figurer, par ex., dans des films comme ceux de Caro et Jeunet ("La Cité Des Enfants Perdus"), de Kubrick ("Orange Mécanique" pour le milk bar, ou encore "2001 Odyssée De L'Espace"), voire l'intérieur du vaisseau de Star Trek ou pour les connaisseurs, la série mythique des années '60, "Le Prisonnier". L'idée d'avoir deux dance floors séparées, un espace réservé aux jeux avec les consoles originales de Pac Man, Invaders et Playstation de Sony, tout cela est très créatif mais le plus surprenant est le concept qui offre aux clubbers des soirées thématiques différentes quatre fois par semaine. Explique-nous, maintenant que le club est bien rodé, ce qui se passe ici du jeudi au dimanche.
Carl de Moncharline : Eh bien, tous les jeudis, nous organisons les soirées CASINO ULTRAVEGAS, sponsorisée par Prive Joke, avec deux DJ's d'exception, membres du Mambo Kings, Juan Infinito et Felipe de Corte qui fait une performance "live show" à la batterie, plus encore DJ Cozmix, qui nous vient du Ranx, un club funk d'Anvers. Nous proposons ce soir-là une musique différente, très métissée, qui alterne entre la Latino House, le Funk et les clichés 60-70 voire 80 pour le Funk. Il n'est pas question d'argent lors de ces soirées, les clients reçoivent des jetons et peuvent gagner des consommations. Mais en tout cas, nous comptons faire un saut à Las Vegas pour y trouver d'autres choses plus fun pour animer les soirées Casino. Les vendredis, pour l'instant, mes deux résidents sont Eric B. et Marko de La Rocca ; le son est forcément plus "Trance". Les samedis, soirées les plus animées par définition, sont le domaine de Jos et Olivier Gosseries, les deux DJ's qui firent les beaux jours des "Who's Who's Follies". La salle arrière tourne avec les DJ's Danny V. (ex Mirano) et Peter Bonen. Le samedi est aussi le haut lieu des soirées GROOVE AMERICA où des guest DJ's prestigieux comme Tony Humphries, Tedd Patterson, Nelson Rosado et Kenny Carpenter sont déjà venus performer. D'autres DJ's aussi prestigieux viendront en 97 et, en dehors de cette programmation un peu statique du samedi soir, nous pensons organiser une soirée thématique de temps à autre. Les dimanches, enfin, nous les réservons aux Sundays/Sun-Gays parties, coachées par Jan Bizar avec un nouveau DJ, Stéphane VB.
OUT SOON : Aujourd'hui, quelques mois après l'ouverture, penses-tu avoir gagné ton pari et qu'en est-il des rumeurs selon lesquelles tu vas ouvrir en 1997 un 2ème espace au 1er étage ? As-tu d'autres projets dans ta boîte à malices ?
Carl de Moncharline : Bon, bien sûr, rien n'est jamais gagné et comme je suis un Scorpion maniaque et perfectionniste, il est certain que je veux en permanence améliorer les choses. Dès que je prends conscience d'une fausse note, je tente d'y remédier. Ceci étant dit, après deux mois d'ouverture, je suis content : nous atteignons un niveau professionnel alors que d'autres ont mis des années à y arriver. De toute façon, notre objectif est d'être en perpétuelle évolution. Si tout va bien, je compte vers mars/avril 97 ouvrir le premier étage avec possibilités de concerts, de défilés de mode ou autres événements culturels, de théâtre et plus, qui sait, nous verrons. Mais le premier étage nous ouvre surtout un troisième dance floor, ce qui signifie une programmation musicale encore plus large. Nous doublons notre surface de travail, ce qui fait du W.W.L. un des plus grands clubs de la capitale. La raison de l'ouverture plus tardive du premier étage est notre souci de tout bien rénover au point de vue architectural. Vers 1998, nous comptons également ouvrir un restaurant à l'avant du premier étage. Et puis, parallèlement à tout ça, nous continuerons la production de compilations (label "DECODE"). Avoir ici un studio d'enregistrement et produire de la musique est un de mes objectifs prioritaires ; on veut d'ailleurs ouvrir un magasin de disques au premier. Dans le même ordre d'idées, on continuera à développer les produits dérivés comme on l'a fait avec les vodka et gin W.W.L.'s distribués par les magasins White Night. Le grand défi du futur sera d'ouvrir d'autres W.W.L. dans de grandes capitales comme Paris et pourquoi pas New York. Si un jour, je lâche le monde de la nuit, ce sera pour rester dans celui de l'audio-visuel (programmes et émissions TV, etc.) mais bon, qui vivra verra !!
OUT SOON : Petite question perverse : quels sont les gens qui ne sont pas admis au W.W.L. et sur quels critères de sélection ?
Carl de Moncharline : Ma politique de sélection à l'entrée est très variable, nous voulons avant tout des gens qui veulent s'amuser et, crois-moi, on sait les reconnaître - surtout pas des gens agressifs en tout cas.
OUT SOON : Un souhait pour les années 2000 ?
Carl de Moncharline : Personnellement, j'aimerais avoir des enfants avec ma petite femme.