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    Le Soir · 13 décembre 1991 · Martine Duprez (texte)

    Une bourse d'échange d'œuvres d'art où argent et chèques sont proscrits - Art-Pool remet l'art du troc au goût du jour

    • « Truc-troc », bourse d'échange d'œuvres d'art, Art-Pool, rue Gaucheret 80, Bruxelles
    • 1991
    Le Soir, 13 décembre 1991 : « Une bourse d'échange d'œuvres d'art où argent et chèques sont proscrits - Art-Pool remet l'art du troc au goût du jour ». Article de Martine Duprez.

    Article de Martine Duprez dans Le Soir du 13 décembre 1991, consacré au « truc-troc » d'Art-Pool : une bourse d'échange d'œuvres d'art où argent et chèques sont proscrits. Les artistes exposent leurs œuvres au rez-de-chaussée du 80 rue Gaucheret ; à l'étage, les particuliers déposent objets et propositions de services offerts en échange. L'article rappelle qu'Art-Pool, coopérative créée en mars 1990 par le sculpteur Mon De Rijck, propose un système d'acquisition par parts mensuelles de 500 ou 1000 F étalées sur cinq ans. Une centaine de propositions déjà comptabilisées ; les échanges ont lieu le 22 décembre à 14 heures.

    Texte de l'article

    Une bourse d'échange d'œuvres d'art où argent et chèques sont proscrits Art-Pool remet l'art du troc au goût du jour Par Martine Duprez Original et ludique, ce truc-troc ! Vous proposez votre truc, l'artiste propose son troc. L'artiste propose son truc, vous proposez votre troc. Truc-troc est à cent lieues du marché traditionnel de l'art. Tout comme Art-Pool, d'ailleurs, cette coopérative d'artistes qui s'est créée, en mars 1990, dans le but de démocratiser l'art. Pour ce faire, elle a mis sur pied un système tout à fait original d'acquisitions des œuvres, qui doit satisfaire tout autant l'acquéreur que l'artiste. Jugez plutôt. Une personne désire acquérir une œuvre. Un contrat est établi. Mensuellement, pendant cinq ans, elle verse une part (de 500 ou de 1000 F). Après un an, elle peut déjà emporter l'œuvre chez elle et, au terme des cinq années, elle en devient effectivement propriétaire. Le prix de départ reste fixe, même si la cote de l'artiste monte. Pas besoin donc d'être Crésus pour avoir le plaisir de posséder chez soi une toile ou une sculpture. UNE TOILE OU UNE SCULPTURE CONTRE UN VOYAGE EN ITALIE ? L'avantage pour l'artiste est, lui aussi, considérable : il est rémunéré de façon régulière. Les parts constituent une sorte de salaire. Trente-cinq artistes sont actuellement membres d'Art-Pool. Les candidatures sont soumises à un comité de sélection, constitué des membres coopérateurs. - Pour être admis, il faut être artiste professionnel. C'est-à-dire vivre de son art, explique le sculpteur Mon De Rijck, à la base de la création d'Art-Pool. Nous essayons d'être aussi diversifiés que possible, du conceptuel au figuratif. Il fourmille d'idées, Mon De Rijck. C'est lui qui a imaginé la galerie de prêt d'œuvres d'art du Château Malou. C'est lui aussi qui concocte les expositions-événements d'Art-Pool. Peut-être vous souvenez-vous de ce « déjeuner sur l'herbe » où les visiteurs de l'étonnante galerie pique-niquaient sur du gazon - du vrai, oui, oui - en contemplant les toiles exposées ? Son truc-troc est tout aussi ludique et étonnant. Les artistes d'Art-Pool exposent leurs œuvres dans la salle du rez-de-chaussée. Dans la salle du haut sont déposés les objets ou propositions de service que les particuliers offrent en échange des œuvres. Au cours de la manifestation, aucune opération financière sous n'importe quelle forme ne peut avoir lieu. - Un industriel, complètement désemparé, m'a avoué : « c'est tout de même plus facile avec de l'argent ! », explique Mon De Rijck. C'est fou ce que les gens sont peu imaginatifs. - On a un peu l'impression que les gens ont peur de proposer telle ou telle chose, ajoute Françoise Laurent, dessinatrice et membre d'Art-Pool. En fait, le troc n'est pas basé sur la valeur financière de l'œuvre mais sur le coup de cœur. L'échange doit satisfaire les deux parties. Actuellement, une centaine de propositions ont déjà été comptabilisées. On trouve de tout : un séjour de 3 mois dans la Drôme, un voyage de 15 jours en Italie, cinq pièces d'or, un grand tapis chinois, deux petits fauteuils en rotin, une mini-chaîne hifi, un ensemble d'aquarelles de 1915 probablement publiées dans « Le Patriote Illustré », un lot de bijoux, une autre toile ou sculpture, un bouquet de fleurs par semaine pendant un an, une possibilité d'exposer dans une galerie, des reproductions photos des œuvres de l'artiste... QUE TOUT LE MONDE FASSE PARTIE DE L'ÉLITE La liste est loin d'être close. Vous avez jusqu'au 22 décembre pour lancer vos propositions. Une participation aux frais de 500 F est demandée (sauf pour les membres et les abonnés à la revue). Cette quote-part donne droit à un nombre de propositions illimité et à un abonnement annuel à la revue. Le 22 décembre, à 14 heures, on procédera aux échanges. - Grâce à ce truc-troc, nous espérons toucher le public le plus large possible. Celui qui ne fréquente pas habituellement les galeries, poursuit encore Mon De Rijck. À terme, il faut que la culture soit accessible à tous. Que tout le monde puisse faire partie de l'élite. MARTINE DUPREZ Art-Pool, rue Gaucheret, 80, 1210 Bruxelles, tél : 02/242.15.37. Ouvert tous les jours, de 14 à 19 heures.

    Le Soir, 13 décembre 1991 - Martine Duprez

    Note de contexte

    Document conservé dans les archives familiales de Carl De Moncharline.
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