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    La Tribune de Bruxelles · 13 mars 2003 · FANNY BOUVRY (texte) · PHOTO FANNY BOUVRY (photo)

    L'entraînement des rollercops

    Article, La Tribune de Bruxelles, 13 mars 2003 : « L'entraînement des rollercops » (Roller Parade).

    Texte de l'article

    EN UNIFORME BLEU ET SUR ROULETTES On les voit souvent à moto traverser en trombe la ville. D'autres fois, en voiture, "fangio" de la route pour notre sécurité. Parfois, tout simplement à pied, démarche assurée vers une police de proximité. Mais les temps changent au pays des bleus également. Et des policiers bruxellois sont aujourd'hui montés sur roulettes. Roller parade oblige. 10 heures du matin, trois voitures à gyrophare sont garées dans le parking du stade Van de Putte, boulevard de l'Abattoir. Une descente de police probablement... Pourtant tout semble calme, un de ces matins frais où l'on entend les oiseaux chanter. Pas l'ombre d'une arrestation, pas un cri, pas un geste. Seule entrave au silence matinal, une musique de fond qui s'échappe de la salle de sports du complexe. A l'intérieur, alors que la radio s'époumone, deux femmes et six hommes, combinaison bleue et casque noir, arrachent le sol omnisports défraîchi à coups de rollers. Corps penché, bras en balancier, regard fixe à l'horizon. Ils patinent en file indienne derrière leurs deux coaches. Sur leur dos, en lettres capitales, le logo "police". Pas de doute possible. C'est ici que s'entraîne le rollercops de la police bruxelloise. L'équipe qui escorte les roller parades dans la capitale... "A Bruxelles, les parades sont très familiales. Le niveau n'est pas aussi haut qu'à Paris. Mais certains, même très jeunes, vont quand même très vite et nous devons pouvoir les rattraper", explique Joël De Keyzer, le coordinateur de l'équipe. La technique avant tout "Allez ! On pousse sur les genoux... Posez la vitesse... Pas trop vite !" Fred Bonus, l'un des entraîneurs, papillonne autour de ses apprentis. T-shirt orange, lame assurée, un rien frimeur, Fred est un de ces bad boys du roller in line qui arpente la capitale depuis sa jeunesse. "A l'époque, nous avions quelques défis intéressants comme faire la course avec le tram... Nous étions les mal aimés des automobilistes, des piétons et de la police !" Aujourd'hui pourtant, le patineur est responsable des staffeurs de la Brusselsrollers. Et doit, entre autres fonctions, former les policiers qui encadreront l'activité. "On a commencé en juillet dernier avec des volontaires du corps de police", se rappelle Fred. "80 % de ces policiers n'avaient jamais chaussé de rollers ! Ils ont beaucoup de mérite car ce n'est pas facile de porter l'uniforme et d'avoir l'air bête. Les entraînements permettent de revoir la technique. Nous simulons tous les obstacles qu'ils rencontreront dans la roller parade : slalom entre les gens, saut de nid de poule, freinage brusque,...", raconte encore Fred. Depuis l'été, les policiers ont progressé. Un deuxième groupe a également été formé. Au total, l'équipe in-line de la police compte maintenant près de vingt hommes et femmes. Patiner ensemble Remue-ménage sur la piste. Le cours technique se termine. Les uniformes bleus s'éparpillent stratégiquement sur le terrain. Et, crosse à la main, ils partent à l'assaut du goal... Cri, claquement, rises, chute. Sabrina, l'une des policières à roulettes, se retrouve les quatre fers en l'air, se fait chambrer par ses collègues, se relève et repart dans la mêlée. "J'ai tout de suite été volontaire pour la brigade à rollers car j'aime ce qui bouge", explique-t-elle. "En plus, durant les parades, on a un contact différent avec la population. Les gens nous trouvent cools. Sur patins, ils nous voient comme si on était des leurs." Car la police à roller, c'est avant tout un pas de plus vers une police plus proche des citoyens. En allant à la rencontre des roller-bladers, les policiers se sont frottés à un monde plutôt "anti-flic". Les premiers temps ont même été difficiles. Pas très stables sur leurs deux lames, lors des premières parades, les policiers se sont fait bousculer. Mais petit à petit, à force de discussions, à coup de progrès sur roulettes, le monde du skating a reconnu la légitimité de la brigade. Non sans fierté, Johan, un autre policier de l'équipe, raconte : "On a passé plusieurs soirées aux halles Saint-Géry, après les parades, pour discuter avec les réticents. Et ils ont fini par nous accepter. C'est ce côté social du roller que j'apprécie beaucoup." Outre les parades mensuelles, qui redeviendront hebdomadaires cet été, l'équipe rollers de la police travaille le dimanche au bois de La Cambre, lors des journées sans voiture, et peut-être à la prochaine Zinneke Parade. Mais de là à rêver d'une brigade permanente sur rollers, comme à Paris, les policiers ne franchissent pas le pas. Tout d'abord, parce que les routes de la capitale ne s'y prêtent pas : pavés, chaussées mal entretenues, déclivité importante... Ensuite, parce que le temps belge ne le permettrait que peu de jours par an. Mais aussi, essentiellement, parce que pour patrouiller, il ne suffit pas de savoir patiner et freiner. "Ici nous apprenons la technique de roulage", explique Sabrina. "Mais de là à savoir mener une arrestation sur rollers... On verra plus tard. On pourrait peut-être envisager une patrouille à la rue Neuve mais pas dans tout Bruxelles." L'entraînement s'achève. Crevés et très souriants, Johan, Joël, Sabrina et les autres quittent la piste. Alors que le deuxième groupe arrive, ils retirent patins, casque, coudières, genouillères. Les apprentis roller-bladers redeviennent des policiers ordinaires. Retour à leurs montures de tous les jours. Les trois voitures bleu-blanc quittent le parking. Un gyrophare fend le silence. Rendez-vous vendredi à la roller parade. ROLLER PARADE DE CARNAVAL > 14/03 à 20 heures, Place Poelaert. @http://www.rouliroula.com. @http://www.belgiumrollers.com Des rollers au côté des vélos A l'étroit sur les trottoirs, interdits sur la chaussée, oubliés de la signalétique routière, les roller-bladers sont un peu les malaimés de la circulation urbaine. D'autant qu'à l'heure actuelle, aucune législation n'existe pour ce nouveau type d'usagers. Dans les faits, la jurisprudence les assimile à des piétons, tout simplement parce qu'ils n'ont pas de véhicule. Une pratique pas vraiment judicieuse quand on sait que les promeneurs à rollers se déplacent en moyenne à 25 km/h, soit près de 5 fois plus vite qu'un marcheur ! Plusieurs propositions de loi ont déjà été introduites pour tenter de combler ce vide juridique : équipement obligatoire, usage des pistes cyclables, cours d'apprentissage,... Mais aucune n'a encore été retenue. La dernière en date vient d'être introduite par Karine Lalieux fin février. Contrairement aux autres propositions qui imposaient un statut pour les rollers, la députée socialiste suggère de laisser le choix aux roller-bladers. Elle désire leur permettre d'utiliser les pistes cyclables lorsqu'elles existent. Mais pas obligatoirement. Les patineurs novices pourront ainsi rester avec les piétons. Les confirmés, eux, se frotteront aux véhicules deux-roues. A noter que cette proposition se limite exclusivement aux plus de 12 ans. Les plus jeunes doivent quant à eux continuer à utiliser exclusivement le trottoir. Cette énième proposition a l'avantage d'être flexible pour une discipline qui évolue sans cesse. On compte aujourd'hui près de 500 000 Belges qui pratiquent le roller régulièrement ou occasionnellement. Et ce chiffre devrait dans le futur augmenter, vu la popularité de ce moyen de transport alternatif et écologique. (F.By)

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