La Dernière Heure, mercredi 28 et jeudi 29 mai 2003, page 21 - reportage au 126-128 chaussée d'Ixelles, dans l'immeuble Anaïs, au soir de la première édition d'Immeubles en fête.
Texte de l'article
Dans un immeuble en fête
Autour d'un verre de vin et de chips, des voisins se rencontrent enfin dans ce jardin du 126-128 de la chaussée d'Ixelles
IXELLES ▽ On se bouscule dans les halls d'entrée de l'Anaïs, au 126-128 de la chaussée d'Ixelles. L'un des habitants de cet immeuble ixellois a les bras chargés de plateaux de tartes, un autre fait transiter des chaises d'un étage supérieur au rez-de-chaussée. Auparavant, une adolescente étreignait des berlingots de jus d'orange ; sa maman des bouteilles de vin. Direction le jardin où se sont donné rendez-vous voisins actuels et anciens pour une petite sauterie. Pas de doute ce mardi 27 mai, 17 h : nous sommes bien dans un immeuble en fête.
L'opération, qui a vu le jour voici quatre ans à Paris, se célèbre désormais également à Bruxelles. Mais aussi dans d'autres grandes villes du continent dans le cadre de la Journée européenne du voisin. L'opération, dans la Ville Lumière, avait un papa : Atanase Périfan. Chez nous, il se nomme Carl de Moncharline.
Au 126-128 chaussée d'Ixelles, par contre, c'est la gérante Christiane Opdebeeck qui a décidé de faire bouger les habitants de ses paliers. "Nous avons été invités à une petite réunion le 2 mai dans un ministère, avec d'autres gérants, pour nous expliquer l'objectif d'Immeubles en fête, raconte Christiane. Emballée, j'ai tout de suite remis un mot à tous mes habitants pour une réunion. La date du 27 mai leur convenait !"
Martine vit dans l'un des apparts du cinquième depuis 9 ans. "Mis à part ma gérante, je ne vois pas souvent mes voisins, avoue Martine. Un petit bonjour dans l'ascenseur, oui ! Mais sinon c'est pas possible : je pars tôt et rentre tard. En tous les cas, cette petite fête me plaît bien…"
Face à Martine, un couple d'anciens locataires, Paul et Toti. Ils ont vécu entre 1963 et 1967 à l'Anaïs. "On trouve ça extraordinaire, lance Paul. Vous savez, on n'a pas l'habitude de ce type de rencontres en Belgique. Mais mon épouse et moi, qui vivons désormais à Malaga, en Espagne, passons plus de temps avec des gens qu'on ne connaît pas ! Ici, c'est pas possible. Peut-être le climat…"
André est certainement le doyen de l'immeuble : 35 ans déjà qu'il vit avec son épouse au premier de cet ensemble Art déco construit en 1926. Outre à manger et à boire, celui-ci a amené ses clichés primés. Pendant 40 ans, André a été photographe de presse. "Personne ne savait ici que j'étais photographe", réagit-il d'emblée mais nullement surpris. "Les gens ne communiquent pas entre eux", reconnaît finalement ce spécialiste de la photo sportive.
Quoi qu'il en soit, le rassemblement a permis de briser des barrières. Et tous espèrent déjà se retrouver dans cette même cour le 27 mai 2004. "Et si on peut déjà boire un petit coup ensemble avant, c'est encore mieux", disaient certains locataires, un gobelet de rouge à la main…
Karim Fadoul